PIERRE-YVES ROCHON
TOUR MOHAMMED VI
WALDORF ASTORIA RABAT SALÉ
Tenant du « Classique Détourné », le décorateur de renommée internationale Pierre-Yves Rochon a appliqué ce concept avec succès aux intérieurs de la Tour Mohammed VI à Rabat. Son agence a conçu et réalisé 32 000 m² d’intérieursachevés, du socle jusqu’au sommet. La tour réunit en une seule verticale un programme inédit : l’hôtel Waldorf Astoria, résidences privées, bureaux de prestige, restaurants, spa panoramique et observatoire du patrimoine.
Metteur en scène, comme au cinéma, Pierre-Yves Rochon développe un scénario en pensant un décor. Lors du tournage, ce qui compte pour lui, c’est le résultat final : un lieu de convivialité. Il compare l’architecture intérieure au cinéma, un jeu entre volumes et lumière.
Bienvenue à la Tour Mohammed VI, située sur la rive droite du Bouregreg, dans un quartier qui accueille déjà le Grand Théâtre de Zaha Hadid et l’Académie Royale Mansour. « Rabat Ville Lumière, capitale marocaine de la culture » a été initié sous la conduite du Roi. Présidée par Othman Benjelloun, cette réalisation est l’aboutissement de huit années de travaux menés sous contrat Design & Build par le groupement BESIX-TGCC, sur une conception architecturale signée par Rafael de la Hoz (Espagne) et Hakim Benjelloun (Maroc).
La tour, telle un fuseau lancé vers le ciel, culmine à 250 mètres et compte 55 étages pour une surface développée de 102 000 m². Cette tour est déjà un symbole du dynamisme du pays et figure sur les billets de 20 000 dirhams. Côté architectural, on note l’absence systématique d’angles droits et on admire la rondeur qui se lit dans chaque raccord, chaque alignement, chaque perception de volume.
La richesse unique de l’artisanat marocain et ses techniques s’inscrivent dans ce projet. Les techniques traditionnelles (zelij, staff sculpté, moucharabieh, ferronnerie, broderies inspirées du caftan, cuir de Cordoue) sont appliquées avec retenue et précision, intégrées dans des palettes contemporaines. Pour chaque élément artisanal, l’agence a collaboré avec des artisans locaux : les ateliers Moresque à Fès pour le zellige contemporain, Mokary à Salé pour les tapis, Henry Cat à Marrakech pour les cadres et luminaires en laiton ciselé, et Marocain Bazar (fondé en 1947) pour les ouvrages en laiton, bois et maillechort. Les voilages, brodés d’inspiration caftan, s’étendent de l’hôtelier au résidentiel comme un fil textile continu.
Des décors organisés en bandes verticales (marbre, bois, cuir, tissu tendu) constituent la signature formelle qui structure et unit tous les espaces. Les joncs de bronze qui rythment les parements verticaux se retrouvent du socle jusqu’aux derniers étages, dans le même mouvement. Le motif du sol est né d’une forme géométrique transmise par Othman Benjelloun : un losange-fleur décliné en composition arabesque, présent dans l’ensemble du rez-de-chaussée et repris à divers étages. Les tons gravitent entre rose framboise, bleu ciel, céladon et blanc doré.
Cette construction rend hommage à Rabat dans les années 30, une période d’urbanisation moderniste marquée par des rythmes géométriques, des cannelures, des décors rayonnants et une sobriété ornementale. Pierre-Yves Rochon a intégré cette mémoire architecturale de manière discrète, visible dans les motifs des plafonds et les graphismes des revêtements, notamment dans le Grand Salon et le restaurant gastronomique au 33e étage.
Une visite s’impose !
Texte : Mário de Castro
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